| Une émotion vous assaille, une myriade
de souvenirs joyeux vous revient en mémoire, vous payez
l’album à la caisse, vous rentrez chez vous illico
retrouver votre fauteuil favori, vous ouvrez l’album
en tremblant. Ah ! Ce dos de couverture, il n’a pas
changé, la carte et la présentation des personnages
non plus ! Comme quand vous étiez petit ! Malheureusement,
l’efficacité proustienne de l’album s’arrête
là, la madeleine est amère. Trois pages de lecture
suffiront à vous faire comprendre que ce n’est
pas aujourd’hui que vous retrouverez l’émotion
de vos premières lectures. Pas avec cet album-là,
qui, disons-le de but en blanc, est une abominable farce,
farce dont le lecteur n’est malheureusement pas le complice,
mais la parfaite victime. Vous croyiez avoir acheté
un album d’Astérix, détrompez-vous, vous
avez bien acheté quelque chose, mais pas un album d’Astérix.
De mémoire, cela vous évoque plutôt la
"légèreté" des pires Bob et
Bobette.
Résumons l’argument : un extraterrestre mauve,
avec des oreilles d’ourson et un pyjama à la
Télétubies (clin d’œil sans doute
destiné au niveau intellectuel moyen visé par
l’album) débarque chez nos Gaulois, intéressé
par l’utilisation de la potion magique dans le combat
qui oppose les siens aux méchants extraterrestres dont
un ressortissant débarque chez les Romains à
bord d’un superbe vaisseau Goldorak. Uderzo avait déjà
donné dans la faute de goût, mais il vient de
repousser les limites du ridicule à leur paroxysme.
Comment est-il possible que le co-créateur de ce superbe
univers qu’est celui d’Astérix et Obélix
méprise à ce point sa propre création
au point de la dénaturer de la sorte ? Voilà
Astérix rabaissé au niveau de Les gendarmes
et les extraterrestres. L’idée du scénario,
mauvaise dès le départ, a-t-elle été
piquée dans les poubelles du studio Vandersteeen (où
l’on commet encore quelques albums de Bob et Bobette
par an) ? On ne rit pas, on pleure devant un tel gâchis.
A la fin de l’album, l’extraterrestre Toune quitte
le village gaulois non sans veiller à ce que ses habitants
ne se souviennent de rien (façon Men in black). Le
lecteur regrettera que cette amnésie ne l’atteigne
pas lui aussi.
par Jean-François Nicolaï
Le ciel lui tombe sur la tête,
Albert Uderzo, Astérix le Gaulois, Albert René,
2005, 48 pages, 8,90 €
|