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Remarquée l’an dernier en première partie
d’Andrew Bird, cette jeune auteure-compositrice concrétise
avec ce premier album tous les espoirs qu’elle avait
fait naître : une écriture futée, drôle
et touchante, une voix élastique (entre Véronique
Sanson et Joni Mitchell, y avait personne ?) et des arrangements
délicats l’installent d’emblée dans
la cour des grands..
Lorsque l’on enregistre son premier album pour un jeune
label ambitieux et qu’on se rend compte que l’on
n’a a priori pas grand chose à voir avec les
artistes déjà signés sur ce même
label, on doit se mettre une drôle de pression. De même,
lorsqu’on est un jeune label français ambitieux
qui a fait son trou en mettant sous la lumière des
songwriters, américains pour la plupart, le choix du
premier artiste français signé doit être
synonyme de coup de foudre ou... d’oiseau rare.
C’est précisément ce qui est arrivé
à Michel Pampelune, patron de Fargo, lorsqu’il
reçut une cassette de Loizeau en question. Quelques
mois plus tard, la voilà seule en scène avec
son piano, ouvrant pour le grand Andrew Bird (Loizeau ouvrant
pour Bird, ça ne s’invente pas !) Et quelques
mois plus tard encore, nous voilà nous, auditeurs,
avec cet Autre bout du monde entre les oreilles, disque qui
dresse un véritable pont musical entre la variété
d’ici et le folk distingué de là-bas.
De là-bas, de l’autre bout du monde, on peut
entendre le violon malicieux et même la voix de Mr Bird
lui-même, ainsi que la guitare de Neal Casal. Mais c’est
pourtant ici que tout se passe : mis en son par Franck Monnet
(qui prête également sa voix au superbe duo Jasseron),
le premier album d’Emily Loizeau résonne comme
un cinglant coup de semonce à la variété
de par chez nous. En quelques chansons pas banales, l’artiste
répond en effet par l’affirmative à toute
une kyrielle de questions souvent laissées sans réponse
: peut-on à la fois être drôle et romantique,
chanter de manière légère et rester profond,
puiser dans des genres désuets (le cabaret, le fox-trot)
et proposer un son intemporel, parler de sa petite vie et
être universel, ou bien encore prendre le meilleur de
l’Amérique (le folk) et l’adapter à
la chanson française sans être grotesque ?
En une dizaine de morceaux imparables et tous uniques, Emily
Loizeau réussit cette gageure et nous prouve en toute
simplicité que cet autre bout de monde musical peut
également ce trouver là, sous nos yeux.
par Frankie Clanché
L’autre bout du monde -
Emilie Loizeau (Fargo/Naïvl) |