|
La rencontre d’un géant de la techno avec le
Philarmonique de Montpellier sous le pont du Gard. Qui dit
mieux ?
Les rencontres entre musiques actuelles et musiques classiques
sont devenus au fil des ans des passages obligés pour
artistes mainstream. Mais là ou certains voient dans
ce type travail une simple réorchestration, voire un
accompagnement sans intérêt, le duo Jeff Mills/Thomas
Roussel nous offre une belle relecture des grands classiques
du "sorcier" de Detroit. Pourtant, il y avait franchement
de quoi flipper lorsqu’on a appris début 2005
que Jeff Mills allait se produire avec l’Orchestre National
de Montpellier pour les dix ans du classement du pont du Gard
au patrimoine de l’Unesco. Déjà, cela
faisait presque quinze que Mills n’avais pas joué
live. Ensuite, on se souvient de la tentative de Manu le Malin,
avec le même ensemble, a moitié ratée
(ou réussie, à vous de voir). A vrai dire, depuis
Deep Purple et le London Philarmonic Orchestra, peu de projets
prévoyant la rencontre entre classique et musique actuelle
ont été réellement concluant.
Mais dès la première écoute de Blue potential,
on comprend immédiatement que le travail de composition
ne s’est jamais envisagé comme un vague copier/coller
de violon mielleux sur des titres originaux de Mills. C’est
une vraie rencontre à laquelle on assiste. Où
chaque artiste se met au service de l’autre. Déjà
on peut féliciter René Koering (directeur de
l’orchestre) qui réussi à regrouper quatre-vingts
musiciens pour le projet (rappelant au détour d’une
interview que certains orchestres nationaux, face à
ce genre de concert, n’auraient pas hésité
à se mettre en grève).
La partie d’écriture, laissée au jeune
compositeur Thomas Roussel, respecte absolument l’œuvre
de Mills. Certains titres ont été pensés
dès le départ pour orchestre, ils nécessitaient
juste un travail de transposition. D’autres, plus minimalistes,
laissaient la place à une élaboration plus complexe
des compositions. Là-dessus viennent s’ajouter
les multiples boucles de Mills, l’Américain s’étant
donné pour mission de fournir les rythmiques et percussions
électroniques nécessaires à la construction
des morceaux tout en se gardant des plages d’improvisation,
tel un musicien de jazz.
Le résultat n’est évidemment pas parfait.
Certaine partie sont moins réussies que d’autre.
Mais la rencontre marche. Jeff Mills, attiré depuis
toujours par la musique de films (il a lui même réalisé
une bande son pour le Metropolis de Fritz Lang et un ciné-mix
sur les Trois anges de Keaton) apporte le côté
parfaitement synchronisé de ses rythmiques alors que
l’orchestre donne lui les couleurs et la chaleur qu’un
processeur ne peut offrir. Deux approches artistiques opposées,
la machine seule face à quatre-vingts musiciens, et
au final un mélange détonnant et équilibré
où tous les acteurs semblent prendre du plaisir (notamment
les percussionnistes et les cuivres qui d’ordinaire
tiennent plus les seconds rôles). On aurait presque
tendance a oublier le sublime décor qui est l’origine
de ce concert.
par David Maigrot
Blue potential - Jeff Mills live
with the Montpellier Philarmonic Orchestra (UWe/Discograph)
|