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Le rap français serait mort. On attend un peu partout
de pouvoir rédiger son épitaphe. Il est vrai
que peu de nouveautés ont provoqué un tressautement
de son encéphalogramme. Heureusement, La Caution débarque
avec la ferme intention de le ranimer !
C’est "le territoire des morts". Un nombre
impressionnant de rappeurs français forme une armée
de zombies qui balbutie une sorte de logorrhée insupportable
: une véritable décalcomanie de styles pathétiques.
Pour une génération qui a grandi sur une bande
son hip-hop, plusieurs questions se posent : dans quelle production
française peut-elle aujourd’hui se reconnaître
? Le disque d’un gamin nourri aux clichés bling-bling
"MTVisés" qui ne connaît du rap que
Nelly ? Le dernier opus d’un presque quarantenaire qui
drague de manière éhonté un public pré-pubère
(au hasard Kool Shen) ? Non, définitivement non !
Où est la place pour l’originalité dans
la forme et le fond ? Qui mesure encore la valeur d’un
MC à son flow et à la puissance de ses lyrics
? Courage, auditeur trentenaire qui puise à la source
indépendante américaine la substantifique moelle
qui te conserve encore dans un état de hip-hop head
! Deux urgentistes débarquent : ce sont les deux frangins
de La Caution. Dépouillé des oripeaux de la
culture hip-hop made in France, transcendant les courants
musicaux pour mieux les asservir au bénéfice
de leur geste artistique, La Caution nous livre un double
album fantastique : Peines de Maures/Arc-en-ciel pour daltoniens.
L’alliance lumineuse entre la forme et le fond, distille
tout au long de ses trente et une plages un sérum musical
qui te sauvera d’une perte de connaissance. Cet album
décomposé en deux parties offre à voir
deux facettes de ce groupe unique. Le premier volet enferme
en son sein une production lourde aux textes engagés
et introspectifs, les deux MC’s y dévoilent leur
vision de la société : Thé à la
menthe (le score d’Ocean’s 12->5653), Chômage,
voitures, nuits blanches, Peines de Maures... La deuxième
partie de l’album entraîne l’auditeur sur
le terrain de l’expérimentation : Comme un sampler
et Dernier train sont de véritables bombes électro
; Livre de vie et Antimuse se font assaillir de sonorités
rock, quand Code barre vient rendre hommage à Run DMC
en développant une rythmique tellurique.
La première écoute de l’album est quasiment
une expérience physiologique dont on ressort avec l’envie
de presser sur "repeat". Ceci est l’avènement
de la maturité dans le rap français. Preuve
qu’il est toujours bien vivant.
par Lenzo
Peines de Maures/Arc-en-ciel
pour daltoniens - La Caution (Kerozen) |