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Trois ans après le très bon album L’une
des siens, Lo’jo est de retour avec Bazar savant, dans
lequel le groupe s’essaie à de nouveaux rythmes
et de nouvelles sonorités avec, au final, un bilan
en demi-teinte.
Un bazar, savant ou non, donne l’envie plus ou moins
compulsive de le ranger surtout quand les rapprochements sautent
aux oreilles. Dans ce nouvel opus des Angevins, on peut distinguer
quatre grandes familles. La première réunit
les titres proches de L’une des siens comme À
côté du paradis qui ouvre l’album ou En
la taberna del domingo qui assurent la continuité avec
le style particulier de Lo’jo. On retrouve les voix
arabisantes et charmantes de Nadia et Mina, le timbre grave
de Denis Péan et la chaleur acoustique du son. Mais
Bazar savant est avant tout un hommage à l’Afrique
et c’est dans ce registre que Lo’jo excelle. Les
rythmes hypnotiques des danses et des chants Yoruba sur Tant
pis ou sur De Timbuktu à Essakane, renforcés
par une basse groove particulièrement présente
sur l’ensemble des titres, donnent au corps des envies
d’onduler. Quant à Grand voyage, il trouve ses
influences dans la rythmique guitare du groupe touareg Tinariwen.
Ce dernier morceau résume l’état d’esprit
de l’album, il pourrait d’ailleurs résumer
la carrière de Lo’jo tellement le groupe a évolué
et défini son style au contact de l’Afrique,
que se soit avec les Béninois du Gangbé Brass
Band de Cotonou, ou par ses liens profonds avec le Mali (notamment
sa participation active au Festival du Désert).
Deux courts (trop courts !) instrumentaux, Time passes et
Une petite chanson, poursuivent le voyage sur le continent
noir avec des variations jazz inspirées de Sclavis
et des ajouts électro dans la lignée du Mali
Project de Damon Albarn. Cette tendance à se jouer
des sons électroniques, inhabituelle pour Lo’jo,
est ici très bien utilisée et donne une dimension
atmosphérique aux titres. Mais les effets sont moins
bien maîtrisés sur les morceaux chantés.
L’osmose avec les voix n’est pas au rendez-vous
et les compositions souffrent d’une juxtaposition de
styles peu assimilables. Il en est ainsi de Bonjour ignorance,
de Tu viens richesse ou du pénible Next door to paradise
qui rappelle la soporifique world music de Peter Gabriel.
Bazar savant est un univers multiculturel dans lequel se côtoient
le jazz et la java, l’électro et l’acoustique,
le moins bon et le très bon, l’ennui et l’espoir
de voir Lo’jo s’accaparer les dimensions de l’électronique
pour l’assimiler à son projet musical. Sacré
meilleur groupe de scène par Robert Plant de Led Zepplin,
le groupe sera en concert à La Maroquinerie le 2 février
2006.
par Cédric Vigneault
Lo’jo - Bazar savant (Emma
Productions/AZ/Universal) |