| Ahhhh Zep, Zep, Zep ! Trois petites lettres
qui symbolisent aux yeux du grand public, une profession dans
sa quasi intégralité. Trois petites lettres
qui permettent aux journalistes généralistes
(et donc paresseux) de parler tout de même de la bande
dessinée, malheureusement toujours sur le mode phénoménal.
Il faut dire qu’il présente bien le Zep. Son
Titeuf est devenu la coqueluche de tous les gosses, l’auteur
est beau garçon, très éloigné
de ses aïeux Peyo ou Franquin qui, plus timides, ne se
sont que très rarement laissé apprivoiser par
une caméra. Et puis surtout, il permet aux journalistes
de parler de quelqu’un d’autre qu’Uderzo
dont le caractère "phénoménal"
accompagne aujourd’hui le terme "médiocrité".
Ne nous leurrons pas tout de même sur le phénomène
médiatique... Il y a peu de chance que ce Découpé
en tranches fasse autant de bruit que les deux millions d’exemplaires
du dixième Titeuf... Trop fines, les tranches... trop
insignifiantes, loin du phénoménal Titeuf !
Prenons la tendance à rebrousse-poil et savourons le
plaisir d’avoir affaire à un album de Zep et
non au onzième Titeuf... Une mise à distance
des chiffres, de tout ce merchandising et de la vision de
cette très moyenne adaptation télévisée
est salutaire pour redécouvrir l’auteur. Rien
que le titre comble d’attentes et d’envie... La
star se révélera-t-elle ? Va-t-elle nous dire
enfin ce qu’elle pense du succès, comment elle
le vit, qu’elle déteste les paparazzis et que
l’argent ne fait pas le bonheur ? Rien de tout ça,
madame. Zep aborde et élude toutes ces questions avec
une désarmante simplicité... Inconsciemment,
on aurait aimé qu’il s’arme d’un
scalpel plus pointu, qu’il se montre un peu sale, arrogant,
provoquant, qu’il égratigne la statue qu’on
lui a érigée. Mais Zep n’est pas Fabrice
Néaud... Déçu ? Non... Zep est Zep et
c’est déjà pas mal, parce qu’il
sait mettre la vie en image, il sait amuser à chaque
case, travailler cette fameuse interaction texte-image avec
laquelle l’esprit français aime parler de la
bande dessinée. Zep dessine rond et ces ronds nous
amusent. La vie habite son trait et son verbe vient épicer
tout cela. Zep peut nous pondre quatre pages sur l’achat
d’une guitare. Et c’est quatre pages admirables.
Tant d’autres nous racontent leur viol ou leur maladie
mentale sans nous intéresser une seconde... Zep n’a
rien à dire, mais il le dit bien.
par Jean-François Nicolaï
Découpé en tranches,
Zep, traduit de l’anglais par Roxane Azimi),
éd. Seuil, 2006, 98 pages, 13530 €
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